Du smartphone au péril annoncé

Article écrit le 02 juin 2025
Plus l'on s’accroche à son smartphone, plus on est persuadé qu’il est la solution immédiate à son besoin, et plus l'on s’éloigne des personnes immédiates, c’est-à-dire, celles qui nous entourent, qu’il s’agisse de proches, d’amis, ou de simples passants qui, jadis, aurait eu une autre importance : celle de l’aide éventuelle, du secours dont chacun pourrait avoir besoin, sans que cela ne puisse être prévisible. Être attentif aux autres, c’est aussi se sauvegarder soi. Car nous sommes tous liés. Nul ne sait quand un besoin impératif peut surgir de nulle part… quel que soit le domaine.
L’humain est un être social et a en réalité constamment besoin des autres. Les autres, de l’autre côté du smartphone, sont devenus plus importants que tous les autres alentours. Alors on s’isole de l’humain immédiat pour se concentrer sur celui qui certes est plus loin de soi, mais qui couvre un nouveau besoin, prenant souvent les traits d’une lubie : rester connecté, quoiqu’il en coûte.
Cela n’est pas sans conséquence.
Ainsi sommes-nous de plus en plus nombreux à nous isoler, des autres, puis du réel, celui-là qui sans cesse se meut autour de nous. Car la vie coutumière ne s’arrête pas. Et des occasions insoupçonnées nous passeraient en ce cas sous le nez… qu’elles soient de nature sentimentale, ou même amicale, professionnelle ou autres. Ces opportunités-là tendent à devenir insignifiantes. Parce que tout se passe sur smartphone désormais ! La tendance est de rester connecté pour se tenir informé, ou suivre la tendance du moment dans tel ou tel autre domaine. Et le reste courre toujours.
Combien de personnes actuellement, quel que soit l’âge, se plaignent de se sentir seules ? Parce qu’à travers ce système, les vraies relations humaines passent à la trappe. Celles-ci attendent, toujours retardées par quelque autre attrait, de l’ordre du virtuel celui-là. Car il n’en reste pas moins que ce virtuel n’est pas si proche de soi que cela. C’est même tout le contraire !
En fait, il induit un immense quiproquo : celui de croire que l’on est tendance en restant connecté, ou de croire que ce besoin en particulier est une priorité devenue incontournable… Rien n’est plus faux, ou encore que le jeu ou la vidéo en lice, sont plus importants maintenant, tout de suite, tel un besoin irrépressible.
Ainsi peu à peu on s’éloigne de ce qui fait l’authenticité directe de la vie. Celle-ci passe par les proches, les opportunités immédiates, s’esquissant au contact des uns et des autres assurément.
Lorsque dans une salle d’attente, une brochette de patients, tous assis avec la nuque raide surfant sur leur portable… les regards échangés, les sourires complices ou sous-entendus, les petits rires spontanés n’existent plus. Ainsi les maladresses d’un enfant assis là avec ses parents passent inaperçues, le regard espiègle de ce jeune homme, furtif, cherchant quelque régal des yeux n’existe plus, la complicité de deux personnes âgées servant de modèle de couple aux plus jeunes est sans intérêt… ils sont trop vieux, pas tendance… si ceux-là même, comme j’ai pu le voir, n’ont eux aussi les yeux rivés sur leur smartphone, ne portant nulle attention aux personnes qui les entourent dans cette salle d’attente qui aurait pu être si riche. Ils sont eux aussi tombés dans la marmite de l’insaisissable vie virtuelle, cherchant à la rattraper, coûte que coûte. Avant, pareille chose ne se serait produite, pour ce qui est des petites localités en tout cas. Je ne parle pas du grand Paris cultivant l’indifférence feinte ou hautaine ! Dans tous les cas, l’on ne dit point bonjour, ni autre courtoisie qui aurait permis le dégel d’une ambiance restée de ce fait froide, lourde, et par-dessus tout si impersonnelle.
Quoiqu’il en soit, sans s’en rendre compte, on en devient très pauvre, l’attrait constant d’une vidéo à l’autre, ou de quelque autre appât emplissant notre attention de manière offensive et soutenue, nous éloignant un peu plus de tout partage humain spontané.
Les regards et rencontres éventuelles ne se produisent plus de la même façon, internet altérant pour beaucoup les relations qui s’artificialisent à grands pas… à quelques exceptions près, malgré tout, lorsque des rencontres ont abouti par ce biais, et quand cela fut porteur.
Garder les yeux rivés sur son smartphone serait-il un gage de modernité ?… Ou le précipice annoncé devant les changements drastiques, parfois alarmants du comportement humain ?
Car les règles sociales changent actuellement, et pas dans le bon sens, chacun se laissant porter par cette vague immense, détricotant sans crier gare les valeurs les plus fondamentales. On en devient moins attentif, l’amour et la tolérance se voyant délaissés au profit de multiples sensations éphémères, généralement futiles.
Chacun devient de ce fait plus individualiste, persuadé que son téléphone portable lui viendra toujours en aide, quoiqu’il arrive ! Les autres alentours ont donc de moins en moins d’importance, tant que le contrôle est gardé grâce au smartphone ! Tout est focalisé dessus. Même la photo prise à la hâte où le selfie devient impersonnel.
Un acteur que j’ai rencontré récemment disait que ce qu’il n’aime pas c’est être pris à partie pour des selfies comme s’il était un objet dont on se sert momentanément, se faisant attraper puis lâcher avec autant d’irrespect ou de désintérêt pour le personnage qu’il est en vérité. Tout cela reste stérile. La personne agissant ainsi rapporte avec elle une image figée, assortie de la fierté d’avoir eu LE selfie, mais rien de plus. Rien ne pourra émerger de pareil comportement, jusqu’au prochain selfie, telle une fièvre dont on ne songerait nullement à se départir. Lui est donc devenu pour certaines personnes le trophée de plus à avoir dans son smartphone. Mais rien, strictement rien n’a pu se produire sur le plan humain. Une fois le selfie dans la boîte, la personne passait à autre chose, avec une froideur déconcertante.
Serait-ce cela l’avenir de notre race humaine ?
Le smartphone est un tel outil impersonnel capable de changer les comportements en profondeur. Qui se serait permis, il n’y a encore pas si longtemps, d’agir ainsi envers une personne pourtant reconnue pour son talent ? Cela aurait été impensable ! Le smartphone rend-il à ce point égocentrique, et insensible à l’autre ?
La nature humaine n’est pourtant pas ainsi faite. Par contre, si un pan de sa nature controversée est nourri de la sorte, faisant ressortir la dimension sombre et dénaturée de son être, la personne qui suscite cela va au-devant d’un mur : celui d’une indifférence croissante, côtoyant ainsi l’absurde, les valeurs n’était plus à leurs justes places.
C’est s’approprier l’autre pour assouvir un besoin sournois : être ‘in’, surfer sur la dernière tendance, peu importe la manière dont on se l’approprie. Puis c’est se montrer aux côtés de ce nouveau trophée, pour aussitôt passer au suivant.
Les valeurs authentiques se perdraient-elles donc à ce point ?
Or, ce comportement se généralise, l’habitude de passer d’une info à la suivante, d’un scoop au suivant, d’une vidéo à la suivante, etc., parfois des heures durant, laissant en arrière les raisons profondes qui construisent l’Humain dans sa dimension la plus noble, la plus lumineuse.
Comment pourrait-on tendre la main et s’ennoblir le cœur, si le regard est sans cesse occupé par un écran, ou les oreilles sans cesse obstruées par du son ?
La connexion à la Vie dans son intimité la plus merveilleuse se perd. Puis l’intuition et encore moins la compassion ou simplement l’écoute ne peuvent plus être au rendez-vous. On passe à côté de la véritable existence, en se persuadant qu’agir ainsi est devenu incontournable…
Restons donc ultra-vigilants, car de l’IA faisant les devoirs de nos enfants à leur place au contact humain qu’ils perdent peu à peu, les valeurs sauteront les unes après les autres si nous levons la garde !
Restons soudés, restons les gardiens du devenir de nos enfants… de celui de la race humaine pour tout ce qu’elle recèle de merveilleux. Dans le cas contraire, c’est une autre vision de l’humain que nous attiserons, et ce ne sera pas la plus lumineuse. Le changement s’emballe et nous le voyons, les gens ne répondent déjà plus de la même façon ou ne s’intéresse plus à ce qui se passe autour d’eux. Tant qu’ils sont sur leur smartphone, ils se sentent en sécurité. Pourtant, ils vivent dans l’illusion de tout contrôler ainsi, une application après l’autre, se coupant de la quintessence de la vie, qu’il s’agit de ressentir. Celle qui leur aurait apporté leur véritable éclosion intérieure.
C’est donc bien triste de voir plus d’êtres humains chaque jour se couper de ses racines primordiales, celles qui offrent le sens à la vie ici-bas.
Relevons donc la tête et marchons ensemble de manière solidaire, telle que l’humain sait le manifester. Car c’est cela sa nature véritable.
Ainsi oui, c’est un outil formidable, mais c’est aussi celui qui risque de nous détourner de qui nous sommes et durablement. Les jeunes entrent déjà en détresse mentale et émotionnelle jusque dans la dépression plus tôt qu’auparavant. Ils s’isolent de plus en plus, perdant le sens des valeurs que les adultes parfois ne leur offrent même plus, tant eux sont aussi pris ailleurs… dans un univers souvent parallèle aux réalités qui se jouent à leur insu ou parfois juste sous leurs yeux.
© Jeannick JOSEPH
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